L'image des professionnels de l'information dans les œuvres de l'esprit.

Documentation:

    Dans la grande majorité des films, le rôle des personnages de bibliothécaires ou de documentalistes se limite souvent à donner aux héros ou aux autres personnages les informations nécessaires à l'avancée de l'intrigue. Ainsi dans Seven de David Fincher c'est à la bibliothèque que les deux enquêteurs trouvent les informations nécessaires à comprendre les motivations du tueur.
De même, dans le film de Sam Raimi Un plan Simple où deux frères trouvent un sac rempli d'argent, c'est en cherchant dans les journaux à la bibliothèque qu'ils parviennent à comprendre que cet argent est issu d'un braquage et à identifier le braqueur venu récupérer l'argent.
C'est un rôle assez limité mais finalement très fidèle à la réalité, puisqu'il traduit très bien la mission de pourvoyeur d'informations du métier.

Mais le cinéma véhicule aussi un certain nombre de clichés sur les bibliothécaires et les documentalistes:
Dans l'esprit du grand public, la bibliothèque est surtout imaginée comme un lieu sérieux et calme où règne un silence quasi religieux. Dès lors les bibliothécaires sont représentés comme des gens sévères qui viennent réprimander tout usager qui viendra faire du bruit ou transgresser les règles de la bibliothèque. C'est là le cliché le plus répandu, et bibliothécaires et documentalistes n'apparaissent presque plus comme des professionnels de l'information mais comme des personnes chargées de faire régner l'ordre et de dire « chuut ».
On le retrouve dans Indiana Jones et la dernière croisade de Steven Spielberg, où le héros est amené à briser une dalle du sol d'une bibliothèque à Venise pour révéler un passage secret. Le personnage du bibliothécaire avec son air interloqué devant le vacarme provoqué par Indiana Jones prête alors à sourire.
Le même cliché est présent dans un épisode de la série britannique Mr Bean. Pour être totalement silencieux et éviter les réprimandes du bibliothécaire, Mr Bean tente de marcher sans faire craquer le plancher ou met de l'huile sur la fermeture éclair de sa trousse pour l'empêcher de grincer. Et à la fin de l'épisode le rôle du bibliothécaire se borne à contrôler le bon état des livres, comme si sa mission n'était que de faire le policier dans les travées...

Enfin, l'image de la bibliothèque silencieuse a été reprise par la publicité, comme par exemple dans ce spot publicitaire où le silence semble même lasser les bibliothécaires qui se retrouvent dans une salle insonorisée durant leur pause pour faire le plus de bruit possible.

On constate donc que les bibliothécaires et documentalistes souffrent d'une image très austère, ils sont représentés comme sévères, voire même maniaques.
Dans le film SOS fantôme de Ivan Reitman, on retrouve un autre cliché, celui d'individus maniaques du rangement. Ainsi quand un fantôme facétieux vient éparpiller et mélanger toutes les "sacro-saintes" fiches de classement dans le film, la vieille bibliothécaire témoin de la scène s'enfuit en hurlant.

Bref, le métier de bibliothécaire est au final montré comme quelque chose de très ennuyeux.
Dans Un Plan Simple on trouve une bibliothécaire qui se morfond d'ennui à ranger des livres dans les travées après être passé à côté d'une fortune qui lui aurait permis de changer de vie. Plus tôt dans le film son mari lui dira même « tu ne compte pas passer ta vie à ranger des livres? » devant sa réticence première à utiliser l'argent.

Dans le cinéma hollywoodien, on trouve également des personnages complètement fantaisistes de bibliothécaires aventuriers ou enquêteurs qui vivent des histoires passionnantes, comme c'est par exemple le cas pour Evelyn, la jeune bibliothécaire du film La Momie de Stephen Sommers qui passe son temps à ranger des livres au début du film avant d'être entrainée dans des péripéties dangereuses et romantiques...
toutefois malgré cela l'image du bibliothécaire reste relativement peu passionnante et sans véritable lien avec ces aventures.

Enfin dans les films de science fiction, le savoir et l'information sont souvent montrés comme porteurs d'un enjeu politique et social. Le poste de bibliothécaire est particulièrement stratégique et perçu comme un instrument de contrôle de la population puisque c'est par lui qu'on accède ou pas au savoir. Dans des films comme Rollerball de Norman Jewison, les bibliothécaires filtrent les informations sensibles sur le gouvernement et la société. Le film nous présente également une vision de la "bibliothèque du futur" ou un unique ordinateur contient toute l'information du monde, excepté pour toutes les données concernant le 13ème siècle qui ont été perdues, le bibliothécaire en service minimisant l'importance de la perte en réduisant ce siècle à "Dante et quelques papes corrompus". Le film nous livre une vision très noire du futur ou l'information n'est plus accessible.
Dans Soleil vert de Richard Fleisher, les bibliothécaires ont un rôle semblable et leur fonds ne contient que des "livres autorisés" par le gouvernement.
Dans ce contexte, le bibliothécaire est dépeint comme un vrai professionnel de l'information (ou de la désinformation dans le cas des œuvres les plus pessimistes) à l'instar du journaliste.

© 2009 / Textes: Blandine Ruch, Arnaud Schilling, Clémence Voizenet / Mise en Page: Arnaud Schilling / CSS: Alsacréations